Défendre la nature : les femmes en première ligne

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Défendre la nature : les femmes en première ligne

par: Jamison Ervin - 11 décembre 2018

Les femmes, en particulier les autochtones, sont particulièrement exposées à la violence liée à l'environnement: environ 50% des militantes ont été assassinées pour avoir défendu leurs droits à la terre et à l'environnement. Photo: Renato Pajuelo Zorrilla / Diario La República pour le PNUD

 

Cet article a été publié pour la première fois sur le blog du PNUD le 27 novembre 2018. Vous pouvez voir l'article original ici.

 

Selon Global Witness, 2017 a été l'année la plus meurtrière pour les militants écologistes. 207 défenseurs de l'environnement ont été tués pour avoir défendu des terres communautaires ou des ressources naturelles. Plus de la moitié de ces meurtres ont eu lieu dans trois pays seulement : Brésil (23%), Colombie (18%) et Philippines (14%), et les partisans de l'agroalimentaire, de l'exploitation minière, de l'exploitation forestière illégale et du crime de braconnage ont été à l'origine de la majorité des meurtres. Environ 10% victimes étaient des femmes, la plupart autochtones, et ce nombre ne cesse de croître chaque année.

 

Les femmes, en particulier les femmes autochtones, sont particulièrement vulnérables à la violence liée à l'environnement : environ la moitié des militantes ont été assassinées pour avoir défendu les droits de leurs communautés à la terre et à l'environnement. En 2016, le monde entier a condamné le meurtre de Berta Cáceres pour avoir défendu les droits de sa communauté contre la construction d’un barrage hydroélectrique au Honduras. Mais la violence contre de nombreuses autres femmes défenseures passe largement inaperçue, y compris des femmes comme Emilsen Manyoma, de Colombie, qui a défendu les droits fonciers de sa communauté contre des projets miniers et agricoles abusifs ; Leonela Tapdasan Pesadilla, des Philippines, qui a défendu sa communauté contre les projets miniers à grande échelle ; et Laura Leonor Vásquez Pineda, du Guatemala, qui a défendu sa terre contre des intérêts miniers ; toutes ont été assassinées l’année dernière. Un nombre encore plus important de femmes défenseures de l’environnement font face aux menaces, à l’intimidation, au viol, à la torture et/ou à l’emprisonnement chaque année, comme Patricia Gualinga Montalvo, militante autochtone du Kichwa, régulièrement menacée de mort pour défendre les droits de sa communauté dans la forêt Amazonienne.

 

La violence à l'égard des femmes défenseures, y compris des femmes autochtones, représente une tragédie pour elles-mêmes, leurs familles et leurs communautés, mais elle indique également plusieurs tendances inquiétantes qui nous touchent tous.

  • Plus de la moitié des actes de violence enregistrés par Global Witness sont perpétrés par des personnels de police, des forces armées ou des forces de sécurité, et de nombreuses femmes défenseures de l'environnement sont de plus en plus qualifiées de « terroristes » pour le simple fait de défendre pacifiquement leurs terres et leurs territoires. Cette tendance représente un virage mondial vers l'autoritarisme, et les femmes, en particulier les femmes autochtones, se trouvent à la mauvaise extrémité de ce spectre de pouvoir.
  • Les violences perpétrées par les entreprises contre les plus démunis représente l’un des dix principaux risques mondiaux recensés dans le rapport du Forum économique mondial de 2016, soulignant que la diminution de la capacité de gouvernance nationale, conjuguée au pouvoir accru des sociétés multinationales, représente une menace mondiale pour la paix et la stabilité.
  • Les femmes, en particulier les femmes pauvres des zones urbaines et rurales, sont de plus en plus confrontées à une forme de violence relativement nouvelle - la violence environnementale ou toute activité contaminant les ressources environnementales, notamment le sol et l’eau, par la production, la propagation et/ou le déversement de matières toxiques. La violence environnementale affecte les femmes de manière disproportionnée car les toxines s’accumulent dans le lait maternel, nuisant ainsi aux femmes et aux enfants.
  • La violence s'étend de plus en plus à ceux qui défendent les défenseurs. Les femmes journalistes, telles que la journaliste colombienne Efigenia Vásquez Astudillo, qui a été tuée alors qu'elle couvrait des conflits de droits fonciers en Colombie, et les avocates telles que Maria da Lurdes Fernandes Silva, qui avait légalement contesté les activités illégales menées dans la région de Pará au Brésil, semblent faire face des menaces pour leur activisme environnemental qui jette une ombre sur l'avenir d'une presse ouverte et d'un système juridique robuste qui nous protège tous.

Mais il y a une raison d'espérer. Plus tôt cette année, en partie à cause du décès de Berta Cáceres, 24 pays d'Amérique latine et des Caraïbes ont signé un pacte juridiquement contraignant, protégeant clairement les droits des défenseurs de l'environnement. Cependant, il reste encore beaucoup à faire pour que les femmes et les hommes non seulement ne soient pas persécutés pour avoir défendu leurs droits, mais ne soient également pas obligés de se battre pour les défendre en premier lieu.

Parmi les mesures que nous pouvons prendre dès maintenant pour atteindre cet objectif :

  • Nous devons tenir les gouvernements pour responsables des actes de violence perpétrés contre des manifestants pacifiques qui défendent leurs droits. L'élargissement du nombre de signataires du nouveau pacte sur les défenseurs de l'environnement, en particulier dans les zones de violence, pourrait aider à créer un élan pour de solutions pacifiques ;
  • Tenir les entreprises également responsables lorsque la violence et/ou la pollution de l’environnement peuvent leur être directement imputées, notamment en responsabilisant leurs actionnaires et investisseurs ;
  • Élargir la couverture médiatique mondiale sur les lignes de front des défenseurs de l'environnement, les défis auxquels ils sont confrontés et les injustices qu'ils subissent ; et
  • Investir dans la résolution et la sécurisation des droits aux terres et aux ressources des communautés autochtones, car ces droits sont au cœur des litiges environnementaux.

Le PNUD a clairement un rôle à jouer pour atteindre ces objectifs en renforçant le travail des institutions nationales des droits de l'homme et d'autres mécanismes de contrôle indépendants en tant que pierre angulaire des systèmes nationaux des droits de l'homme

 


A propos de l'auteur

Jamison Ervin est le responsable du programme mondial du PNUD sur la nature au service du développement.

Suivez-la sur Twitter: @jamisonervin

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